Mardi 16 juin - Le témoignage de Aya / BAC VALIDÉ. PARCOURSUP TERMINÉ. LA PRÉFECTURE BLOQUE NOS VIES

Chaque jour de la semaine, jusqu’au 20 juin journée mondiale des réfugiées, nous publierons un témoignage de vie pour rappeler les réalités de ces jeunes adultes, les obstacles rencontrés et leurs combats menés pour la dignité et leurs droits .✊️

Article mis en ligne le 16 juin 2026

Objet : Demande de réexamen de ma situation administrative

Au secours.

Ce cri que je pousse aujourd’hui n’est pas lié à un danger physique ou mortel. Il s’agit d’une mort symbolique. « Au secours » est un appel à l’aide. Au secours, je n’y arrive plus seule.

Je m’appelle Aya, j’ai 21 ans et je suis actuellement étudiante en deuxième année de licence Administration économique et sociale à l’université Capitole de Toulouse.

Lorsque j’ai quitté définitivement l’Algérie pour venir m’installer en France, j’avais treize ans. À cet âge, je ne mesurais pas encore réellement la portée de ce changement. Une partie de notre famille vivait déjà en France, un pays que nous connaissions à travers les visites familiales. Surtout, nous étions ensemble, et cela suffisait à me rassurer.

Mes parents ont quitté l’Algérie pour des raisons de sécurité. Ma mère était avocate et mon père technicien supérieur en électricité. On ne choisit pas un tel déclassement social par confort ou par fantaisie. Dans notre ville, de nombreux enlèvements d’enfants liés au trafic d’organes avaient lieu. Mes parents vivaient dans une peur permanente qu’il nous arrive quelque chose.

L’angoisse de ma mère était devenue telle qu’elle avait dû suivre une psychothérapie, sans parvenir à retrouver la sérénité. Face à cette peur constante, mes parents ont pris la décision de partir afin de protéger leurs enfants et de nous offrir une vie plus sûre. Ils ont tout quitté pour nous permettre de vivre sans peur et avec l’espoir d’un avenir digne.

Mais la réalité de la vie sans papiers a été extrêmement difficile. Vivre sans titre de séjour, c’est vivre dans l’ombre, dans l’incertitude permanente, avec la peur constante de voir son avenir s’effondrer malgré tous les efforts accomplis.

Malgré cela, mes parents n’ont jamais abandonné. Ils ont travaillé avec courage et nous ont toujours transmis l’importance des études et du mérite.

J’ai intégré l’école publique en mars 2018. Très rapidement, je me suis investie pleinement dans ma scolarité. J’aimais apprendre, je me suis intégrée, je me suis construit des amitiés et je suis devenue une élève sérieuse et engagée.

J’ai eu l’honneur de faire partie du programme « Jeunes Talents Mathématiques ». Après avoir obtenu mon brevet avec mention très bien, j’ai poursuivi mes études avec détermination jusqu’à obtenir mon baccalauréat.

Dans le cadre des « Cordées de la réussite », que je représentais, j’ai rencontré le préfet du Tarn à Albi. À cette occasion, j’ai pu lui remettre personnellement mon dossier et lui expliquer les difficultés liées à ma situation administrative.

Le premier refus de régularisation a profondément bouleversé ma vision de l’avenir. Malgré cette épreuve, j’ai choisi de continuer à avancer et j’ai intégré une école d’infirmière avec beaucoup de motivation.

Malheureusement, malgré d’excellents résultats théoriques, il m’a été impossible d’effectuer les stages pratiques obligatoires sans titre de séjour. J’ai donc été contrainte d’abandonner ce projet professionnel qui me tenait profondément à cœur.

Aujourd’hui encore, ma situation administrative continue de freiner brutalement mon parcours.

Depuis mon arrivée en France, je n’ai jamais cessé de me battre pour réussir, m’intégrer et construire mon avenir. J’ai grandi ici. C’est en France que je me suis construite humainement, socialement et intellectuellement. Mes repères, mes relations, mes projets et mes ambitions sont ici.

La France n’est pas simplement le pays dans lequel je vis. C’est le pays dans lequel je me suis construite et dans lequel je souhaite devenir une femme autonome, active et utile à la société.

Pourtant, aujourd’hui, chaque porte que j’essaie d’ouvrir se referme à cause d’une situation que je n’ai pas choisie.

Je souhaite simplement pouvoir vivre comme les jeunes de mon âge : étudier, travailler, devenir indépendante, passer mon permis de conduire, construire ma vie et préparer mon avenir.

Mon projet est sérieux, sincère et construit. Je poursuis actuellement ma licence avec l’ambition d’intégrer ensuite un master en ressources humaines en alternance. Je veux apprendre, travailler et contribuer pleinement à la société française dans laquelle j’ai grandi.

Je ne demande pas un privilège.

Je demande simplement le droit de continuer le parcours que j’ai construit depuis des années avec courage et persévérance.

Un refus aujourd’hui ne représenterait pas seulement une décision administrative. Ce serait l’effacement brutal de tous mes efforts et l’effondrement d’un avenir que je tente de construire depuis mon arrivée en France.

Un retour en Algérie serait pour moi une rupture totale. Toute ma vie est ici désormais. Repartir signifierait perdre mes repères, interrompre mes études, abandonner mes projets et recommencer seule dans un pays qui n’est plus réellement le mien.

Je suis une jeune femme qui souhaite avancer dignement, travailler, réussir et vivre dans le respect des règles de la République.

Je n’ai jamais cessé d’y croire, même dans les moments les plus difficiles.

Aujourd’hui, je vous demande humblement de me donner la possibilité de poursuivre ce chemin et de ne pas laisser ma situation administrative effacer mon avenir.

Je vous remercie sincèrement de l’attention portée à ma demande.